Chers parents, chers enseignants, chers élèves, chers amis de l’École Abovian,
Il est des lieux qui dépassent les murs qui les abritent. Des lieux où la mémoire devient une promesse, où la langue devient un héritage vivant et où chaque génération reçoit de la précédente bien davantage que des mots : une histoire, une culture, une identité et la responsabilité de les faire vivre. Notre École Khatchadour Abovian est de ces lieux précieux. Depuis ses premiers pas, en juin 1977, lorsque huit enfants seulement se réunissaient dans les locaux de la cathédrale arménienne des Saints-Traducteurs, notre école porte en elle une ambition qui n’a jamais cessé de nous guider : transmettre aux jeunes générations la langue arménienne, faire rayonner notre culture et préserver ce lien indéfectible qui unit un peuple à ses racines. En 1988, l’Union générale arménienne de bienfaisance et la Cathédrale arménienne de Marseille firent le choix visionnaire de rassembler leurs élèves au sein d’une même institution. De cette volonté commune, de cet esprit de fraternité et de cette foi en l’avenir naquit l’École Abovian. Son inauguration, le 25 janvier 1989, à l’école de La Parette, marqua une étape fondatrice de notre histoire. Je veux ici rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont rendu cette aventure possible : aux fondateurs, aux responsables associatifs et religieux, aux personnalités qui ont soutenu notre projet, aux présidents qui se sont succédé, aux enseignants bénévoles qui ont généreusement donné de leur temps et de leur savoir, ainsi qu’aux familles qui, depuis près d’un demi-siècle, nous confient ce qu’elles ont de plus précieux : leurs enfants. Leur engagement constitue notre patrimoine le plus précieux. Il nous rappelle qu’une école ne se construit pas seulement avec des salles de classe et des programmes, mais avec des convictions, des sacrifices, de la persévérance et une volonté collective de servir les générations à venir. Notre histoire n’a d’ailleurs jamais été un long fleuve tranquille. Les épreuves, les changements de locaux et les difficultés rencontrées au fil des années auraient pu fragiliser notre œuvre. Pourtant, l’École Abovian a poursuivi son chemin, notamment en trouvant refuge auprès de la Cathédrale du Prado. Car lorsqu’une communauté est animée par une conviction profonde, les circonstances peuvent éprouver sa détermination, mais elles ne sauraient éteindre sa volonté de transmettre. Aujourd’hui, cette fidélité à nos origines nous engage plus que jamais. Être arménien, c’est recevoir un héritage ; le transmettre, c’est lui donner un avenir. Dans un monde où les langues se perdent parfois dans le tumulte de l’uniformisation, où les repères culturels s’effacent et où les générations se trouvent confrontées à de nouveaux défis, notre mission revêt une importance particulière. À l’École Abovian, nous ne souhaitons pas seulement apprendre à nos enfants à lire, à écrire et à parler arménien. Nous voulons leur permettre de comprendre la richesse de leur histoire, de découvrir la profondeur de leur littérature, de s’approprier les traditions qui nous rassemblent et de faire vivre les valeurs de respect, de solidarité, de dignité et d’ouverture qui donnent tout son sens à notre héritage. Nous voulons qu’ils grandissent avec la liberté d’être pleinement eux-mêmes, fiers de leurs origines et ouverts sur le monde. Qu’ils comprennent que la fidélité à leurs racines n’est jamais un obstacle à l’ouverture, mais bien souvent le fondement d’un dialogue authentique avec les autres. Le nom de Khatchadour Abovian, grand écrivain et figure majeure de la littérature arménienne moderne, incarne cette exigence de connaissance, d’émancipation par l’éducation et de confiance dans la jeunesse. Porter son nom est un honneur ; en faire vivre l’esprit est un devoir. Cette mission repose sur une alliance essentielle : celle de l’école et des familles. Aux parents, je veux dire que votre confiance nous honore et nous oblige. Chaque enfant qui franchit nos portes représente une promesse, et chaque famille qui choisit de lui transmettre la langue et la culture arméniennes contribue à la continuité d’une histoire qui nous dépasse tous. À nos enseignants, je veux exprimer toute ma reconnaissance. Votre dévouement, votre patience et votre engagement sont au cœur de notre réussite. Vous transmettez bien davantage qu’un savoir : vous faites naître une curiosité, vous nourrissez un sentiment d’appartenance et vous donnez aux enfants les clés pour comprendre ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent devenir. À nos élèves, enfin, je souhaite dire que cette école est la vôtre. Vous êtes les héritiers d’une histoire ancienne, mais vous n’êtes pas seulement les gardiens du passé : vous en êtes les continuateurs et les bâtisseurs de demain. Chaque mot appris, chaque chanson partagée, chaque page lue et chaque amitié nouée ici contribue à faire vivre notre langue et notre culture. L’avenir de l’École Abovian dépend de notre capacité à poursuivre ensemble cette œuvre, à accueillir de nouvelles familles, à accompagner nos enseignants, à renforcer nos liens avec les institutions arméniennes et marseillaises et à faire de notre école un lieu toujours plus vivant, exigeant et accueillant. Marseille, ville de rencontres, de diversité et d’histoire, offre à notre école un ancrage singulier. Au cœur de cette cité qui a accueilli tant de parcours et de destins, notre établissement témoigne de la contribution de la communauté arménienne à la vie de la ville et de sa volonté de transmettre aux jeunes générations une culture qui appartient à la fois à leur histoire familiale et au patrimoine vivant de notre humanité. Près d’un demi-siècle après les premiers cours de 1977, le chemin parcouru nous inspire de la gratitude, mais surtout de l’espérance. Les huit élèves des origines ont ouvert une voie que des générations d’enfants ont depuis empruntée. À nous désormais de poursuivre cette œuvre avec la même conviction, le même esprit de service et la même confiance en l’avenir. Car une langue que l’on enseigne est une langue qui demeure. Une culture que l’on partage est une culture qui s’enrichit. Une mémoire que l’on transmet est une mémoire qui continue de vivre. L’École Abovian n’est pas seulement l’héritière d’une histoire : elle est une promesse faite aux générations futures. C’est avec fierté, humilité et détermination que je m’engage, avec l’ensemble de notre communauté éducative, à faire vivre cette promesse et à poursuivre l’œuvre de celles et ceux qui nous ont précédés. Que notre école demeure, pour chaque enfant qui y entre, une porte ouverte sur la langue arménienne, un chemin vers ses racines et un horizon vers l’avenir. Avec toute ma considération et mon profond attachement à notre école.
Karen KHURSHUDYAN
Président